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BONNE ANNEE 2012 .
+ images d'automne (montagnes octobre-novembre 2011)
A VOIR TOILES (1994-2011)
Prochain billet fin janvier 2012
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Paul McCartney s'est produit le 30 novembre à Bercy devant une foule enthousiaste venue écouter une sorte de mythe vivant, un éternel jeune homme qui paraît dix ou vingt ans de moins que son âge réel et qui continue à chanter de nombreux classiques des Beatles, en plus des chansons des Wings et de son répertoire solo. Je n'y étais pas (j'ai déjà vu McCartney sur scène et j'ai horreur de Bercy, la salle, le son, l'ambiance) mais il se trouve que je parlais une semaine plus tard de la chanson Yesterday (reprise par Paul à Paris guitare en bandoulière comme en 1965!) pour l'Association Nantes-Histoire dans le cadre d'une très belle thématique des "chansons qui font l'histoire". Et oui, Yesterday est une chanson qui a fait l'histoire !
On peut faire une première analyse disons ‘rationnelle’ du succès. Les Beatles émergent au début des années 1960, probablement au meilleur moment historique possible. Il sont au point de convergence de diverses composantes socio-économiques, médiatiques et culturelles : Il y a aussi dans ce succès des aspects plus irrationnels, ou disons plus intrigants. Le succès du groupe comporte une part évidente de mystère. Ce succès est d'ailleurs tellement impensable qu’il pousse John Lennon à déclarer maladroitement (mais c'est probablement exact !) que les Beatles sont désormais - nous sommes en 1966 - aussi célèbres que Jésus-Christ. Deux questions se posent sans que les réponses soient toujours évidentes à fournir. Premièrement, comment les toutes premières chansons (avec le recul elles paraissent simplistes et musicalement faibles par rapport à Yesterday justement) ont-elles pu connaître autant de succès ? La réponse est a priori simple : c'est du jamais entendu. Les Beatles ont opéré spontanément un génial syncrétisme entre toutes les musiques populaires (y compris anglaises) avec un son noisy qui leur est propre et qui se distingue de la variété pop anglaise du début des sixties (Cliff Richard et ses Shadows par ex). Le mystère est donc dans l'alchimie particulière de ce noisy sound, lequel mêle l’électrification des instruments et des harmonies vocales à l’unisson. Deuxièmement, comment les Beatles ont-ils pu en quelques années passer des faubourgs ouvriers de Liverpool à la célébrité quasi universelle ? Est-ce par la grâce de leurs seules chansons pop?
La réponse est plus compliquée. Les Beatles représentent à la fois un modèle de success story sociale à l’anglaise (comme des footballeurs prolos qui auraient fait fortune) et une forme d’accomplissement du rêve américain (« devenir Elvis » est leur credo et leur confiteor), une belle histoire qui fascine la jeune génération qui sort à peine des temps d'austérité. La mondialisation, la massification, la médiatisation de la Beatlemania sont des réalités qui donnent à la culture pop une audience qui dépasse le seul monde des adolescents. L’ampleur du phénomène est telle qu’elle ne va pas sans résistances : le succès des Beatles étonne, il fait peur aussi.
D’une certaine façon la chanson Yesterday change la donne durant l’été 1965. Elle peut séduire sans choquer et faire entrer le rock et la pop dans une nouvelle dimension. Au milieu des années 1960 les Beatles entrent dans l’histoire car ils ne sont plus seulement un groupe à succès ; ils deviennent un phénomène artistiquement durable et aussi très évolutif. En effet, les Beatles durent 10 ans en tant que groupe et ne font que se bonifier dans leur carrière. Ils affichent de véritables ambitions artistiques à partir de 1965. Leurs œuvres vont finir par devenir partie intégrante du patrimoine musical mondial du XXème siècle, et pas seulement dans la catégorie "Musique populaire" : il s'est en effet produit au milieu des années 60 un processus complexe de légitimation de la culture de masse par les élites, renforcé par le désir des vedettes populaires d'être considérées comme de véritables artistes. Les barrières entre les niveaux de culture (culture des élites/culture populaire) ses sont sensiblement abaissées grâce aux Beatles. De plus, ce groupe - avec quelques autres artistes anglais et américains - donne naissance à une forme musicale syncrétique (tout comme le fut le jazz avant guerre), le rock, terme générique regroupant toutes les musiques issus du creuset anglo-américain (pour faire court le jazz, le rock n' roll, le rhythm & blues, le folk et la pop music). Or le rock est bien la principale forme de musique occidentale apparue dans le second XXème siècle, n'en déplaise aux musicologues grincheux qui n'y entendent que du bruit. Malgré le rythme effrayant de ces tours du monde (16 pays sur les cinq continents !), les Beatles parviennent à se retrouver dans les studios d'EMI à Londres (les célèbres studios d’Abbey Road), en compagnie de George Martin, pour enregistrer de nouveaux disques. Le plus étonnant dans la carrière discographique du groupe entre 1963 et 1965 reste les énormes progrès accomplis dans tous les domaines : mélodies, textes, arrangements et présentation des disques. Ces progrès en viennent même à étonner leur producteur musical George Martin, qui n'aurait jamais soupçonné au début de l'année 1963 une évolution aussi positive de la part de ses protégés. Par la suite, G.Martin aura tendance à s'approprier la paternité de certaines trouvailles musicales (ainsi sur Yesterday); mais si son rôle d'arrangeur est effectivement essentiel, on sait aujourd'hui que les lignes mélodiques et les textes des chansons signées Lennon/McCartney ou plus rarement G.Harrison sont bien le produit de l'imagination devenue débordante des amis d'enfance de Liverpool.
Reste à comprendre une fois de plus comment cette évolution artistique a été possible en si peu de temps (1962-1965) et comment on passe en d’autres termes de Love Me Do à Yesterday puis à d'autres pépites contenues dans Rubber Soul ou Revolver. 3. La rencontre avec le chanteur Bob Dylan.
D'une certaine manière, ce sont deux Angleterre qui s'affrontent à travers les deux formations pop et ces deux chansons : une Angleterre sage et tranquille, gaie et optimiste mais tout de même moderne et dynamique et une Angleterre turbulente et contestataire, sinon violente, héritière en ligne directe des marginaux des années cinquante et desbluesmen noirs américains. La dualité Beatles/Stones est caricaturale, en partie fabriquée par les imprésarios et les médias (maisons de disques, publicitaires, presse). Mais pour la jeunesse, faire un choix entre deux groupes de rock, voilà qui est nettement plus excitant qu'afficher une préférence politique entre les Travaillistes et les Conservateurs ! De plus, le contenu des chansons n'est tout de même pas identique, comme l'a analysé en son temps Alan Beckett dans la New Left Review, la revue de la nouvelle gauche, pour laquelle il y a face aux enjeux politiques la weak solution (la solution faible, celle des Beatles) ou la strong solution (la solution forte, celle des Stones) : (...) Le danger dans les œuvres des Beatles est la tendance à la dénégation maniaque de tout ce qu'il y a de conflictuel dans les relations humaines — tout ce qui ne peut pas se résoudre immédiatement et miraculeusement. Dans leurs thèmes typiquement arrogants et narcissiques, les Stones fournissent une critique de cette sorte d'intimité superficielle, ce que les Beatles n'ont jamais vraiment risqué » Pour illustrer ce propos, on peut écouter un autre succès pop mondial de l'année 1965 qui fait en quelque sorte pendant à Yesterday, le tube Satisfaction. La chanson I Can't Get No (Satisfaction) des Rolling Stones, rock électrique de 3'30 construit sur un rythme rapide et puissant, un riff de guitare nerveux, des breaks (ici des transitions entre le couplet et le refrain) de batterie, des accords habilement empruntés au blues noir-américain, apparaît comme le parfait contrepoint de Yesterday. L'antagonisme Beatles/Stones trouve ici son illustration musicale, même si par ailleurs les Beatles savent évidemment écrire des rocks et les Stones des ballades pop (Lady Jane). La structure du morceau reste assez simple (format pop) mais la mélodie n'est mémorisable qu'à travers son environnement rythmique. Les paroles accentuent l'antagonisme jusqu'à la caricature. Les mots sont crus et sonnent juste dans la bouche sensuelle de Mick Jagger ; les vers libres sont alors parfaitement adaptés au sujet. Tentons une traduction à la volée : Je ne peux pas avoir de plaisir
A partir d'une structure assez minimaliste (le morceau dure deux minutes, mais en une minute, tout est déjà dit), les Beatles réalisent un coup de maître. Pourquoi ? STRUCTURE
RYTHME Mesure: 2/4 Tempo: 58 bpm Cellules rythmiques MELODIE Mode: Fa majeur/Ré mineur Ambitus: 10ème(Ré-fa) mélodie conjointe, tonale, épurée de toute altération, au rythme fluide et homogène, faite de courbes ascendantes et descendantes (A), de notes. répétées .Aucun développement. HARMONIE Mode: Fa majeur Modulations: Ré mineur, court emprunt à Do M Sur A: rythme harmonique alternativement de 1 et 2 accords par mesure. Modulation vers Ré mineur dès la mesure 2, retours en Fa Majeur mesure 5, avec emprunt à Ut Majeur à l'avant dernière mesure Modulations toujours par accord de dominante Accords utilisés: Sur A: FaM_________Rém________________________FaM
Rém___________________FaM
Venons-en aux paroles (quelques extraits relevant du droit de citation) Yesterday Les paroles ont le mérite d’une grande simplicité : une histoire d’amour qui se termine plutôt mal , avec une forme de nostalgie un peu étonnante de la part d’un jeune homme de 23 ans (I Believe in yesterday est une belle trouvaille). Pour certains, les paroles sont faibles (quelques phrases conventionnelles destinées à bien s'accorder à au rythme musical), mais il y a une coloration nostalgique qui contraste avec l'euphorie amoureuse des premiers succès pop. Le propos est plutôt destiné au sexe masculin (c’est une fille qui est partie sans raison apparente) mais jeunes et vieux, filles et garçons peuvent se reconnaître dans cette chanson d’amour déçu. Au-delà de la chanson d'amour, on peut y lire aussi un appel au secours (cf Help) au milieu de la folie beatlemaniaque. Ainsi ce vers : Now I need a place to hide away Ajoutons à cela le fait que la chanson est facilement compréhensible avec un faible niveau d’anglais. Cela joue dans le succès international de la chanson, à une époque où bien des jeunes apprennent l’Anglais en écoutant les Beatles. Mais toute traduction apparaît vouée à l'échec, les paroles ne "sonnant bien" qu'en anglais. McCartney s’est largement expliqué sur la façon dont il avait écrit les paroles et comment il les a adaptés à la chanson, ce qui n’a pas peu contribué au mythe de yesterday, alors qu’il pensait au contraire le relativiser. En effet, il a expliqué dans des interviews que faute de paroles, il avait écrit une première version de travail plutôt cocasse : Scramble eggs oh my babe/how I love your legs/I believe in scramble eggs Puis il mit en forme le premier couplet et puis "les mots sont venus et ça été fini". En effet, ce mode de composition est assez typique des chansons pop de l’époque. Le compositeur met des paroles anodines sur une trame musicale pour essayer, puis on affine, on recherche le bon accord voire la bonne rime et on ne se pose pas trop de question. Les Stones pratiquent de même, comme l'a montré Godard dans One+One en 1968. Comme dans toute très bonne chanson, les textes n’ont d’ailleurs d’intérêt qu’avec la mélodie qui les porte et n’ont pas de sens pris isolément. L’objectif n’est pas de faire un poème, pas même un poème chanté mais une belle chanson. Les rimes sont simples et surtout sonores (majoritairement en ay, rappelant yesterday), la structure n’est pas « poétique » au sens académique du terme ni même scolaire (voir les rythmes et pieds) mais l’ensemble ne manque pas de cohérence sylistique. L’accord avec la musique est parfait et selon son auteur le résultat tient du mystère de la création musicale (surtout que la partie musicale de la chanson a été on l'a déjà relevé « révée » par l’auteur). Les Beatles ont conscience d’avoir enregistré une chanson exceptionnelle et sa notoriété le prouve largement. La chanson va être beaucoup jouée en public car le public la réclame. En dehors de l’inaltérable version studio (la meilleure sûrement), il existe en 1965/66 une vingtaine de versions live avec deux types d’interprétations : l’une où McCartney est seul à la guitare acoustique avec les cordes enregistrées en fond sonore (parfois c’est de la bouillie sonore), l’autre (en 1966) où le groupe joue « rock » sans instrumentation classique (dans une durée de 2’26). Sur le plan de la mémoire collective, la chanson est restée comme l’une des meilleures jamais écrite au XXème siècle, ce que confirment les divers sondages et enquêtes effectués depuis les années 1960.
Ainsi Yesterday est bien une chanson qui a marqué son époque, même si elle ne symbolise pas nécessairement à elle seule les sixties. L’année 1965 est le moment où les groupes pop – et particulièrement les Beatles ne font plus seulement du rock'n’roll mais une musique populaire qui explore tous les genres de musique. Yesterday constitue un tournant, une porte ouverte vers des recherches mélodiques et artistiques plus sophistiquées. Nota : on lira en complément de cette étude celle (excellente) qu'a faite Bernard Gensane "Penny Lane et Strawberry Field(s) : réel, identité et fantasmagorie".
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